Takafumi Horié, le jeune loup trop pressé de l'internet japonais
2006-02-13
Short StoryTOKYO, 13 fév 2006 (AFP) - - Le très médiatique Takafumi Horié, 33 ans, inculpé lundi de manipulations boursières, se voulait le symbole d'une nouvelle génération d'hommes d'affaires japonais, un as de la finance et un modèle de réussite sociale.Celui qui s'était fait mondialement connaître il y a tout juste un an en lançant la première offre publique d'achat de l'histoire du Japon sur un fleuron de la télévision nippone, Fuji TV, est aujourd'hui devenu l'archétype de l'arriviste déchu, du parvenu corrompu.
Full Story"Je suis riche et célèbre certes, mais j'ai monté ma boîte (Livedoor) seul il y a dix ans en partant de zéro", se vantait M. Horié il y a quelques mois.
Aujourd'hui les nouveaux dirigeants de Livedoor se battent pour détacher l'image du groupe de celle ternie de son créateur, tombé pour n'avoir apparemment pas su gérer l'argent soudainement gagné grâce au boom de l'internet.
Rescapé de l'éclatement de la bulle des nouvelles technologies en 2000/2001, Livedoor, l'un des portails internet les plus populaires du pays, a multiplié les acquisitions de petites sociétés fragilisées, se bâtissant peu à peu une stature internationale.
Valorisé en Bourse au-delà du raisonnable, le groupe Livedoor a fini par attirer la curiosité de la justice, laquelle découvre au fil de l'enquête que cet "empire" ressemble davantage à un château de cartes bâti sur des "mécanos financiers" mal assortis qu'à une véritable réussite entrepreneuriale.
Takafumi Horié se rêvait pourtant une destinée de "patron de conglomérat de la communication, de l'internet et de la finance".
Pressentant l'arrivée de la convergence entre médias traditionnels et internet, il n'a eu de cesse d'accélérer le mouvement.
Faisant fi des conventions, il fonce: "On ne peut pas attendre dix ans, il faut le faire maintenant, même si cela doit passer par une prise de contrôle inamicale", arguait-il pour justifier son OPA hostile sur le groupe de médias contrôlant Fuji TV.
Même s'il n'est pas parvenu à ses fins dans cette affaire, qui s'est soldée par un accord de partenariat à l'amiable, le semeur de trouble a déclenché le choc médiatique voulu.
Cette façon de faire "à l'américaine" a été jugée d'autant plus insolente par les milieux d'affaires japonais, plutôt conservateurs, qu'elle était lancée sans sommation par un "gamin" ne portant ni costume ni cravate.
Et qui osait, crime de lèse-majesté au Japon, s'attaquer à des entreprises symboles dont le dirigeant aurait pu être son père, sinon son grand-père.
Volontiers donneur de leçons, le capitaliste Horié se permettait même de traiter d'aveugles les classes patronale et politique de l'Archipel face à l'évolution de l'économie mondiale.
"Les institutions et le système financier japonais ont dix à vingt ans de retard sur les Etat-Unis et la Grande-Bretagne", répétait-il à l'envi l'an dernier.
Rares étaient les hommes politiques qui trouvaient grâce à ses yeux, à l'exception du Premier ministre libéral-populiste Junichiro Koizumi.
Ce qui lui a valu d'être sollicité par ce dernier et parachuté avec sa bénédiction comme candidat "indépendant" lors des dernières élections législatives en septembre 2005 dans une circonscription de Hiroshima (ouest).
Peu importait son échec électoral face à un cacique conservateur local, Horié a continué d'additionner les coups médiatiques pour faire flamber son image comme celle de ses affaires.
Sa dernière lubie ? Se lancer dans le "tourisme spatial". La justice risque de le garder encore quelque temps les pieds sur Terre.
kap/agr/jlb
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